samedi 30 avril 2011

Kathmandu


C’est un aéroport presque désert qui m’accueille à Kathmandu en ce soir d’avril. Je passe la frontière du pays sans trop de difficulté : 25 dollars, un petit autocollant sur mon passeport, et me voilà autorisée à entrer dans la capitale au nom de rêve. Je retrouve Lucie, mon amie rennaise stagiaire dans une ONG népalaise depuis septembre dernier, qui m’accueille à bras ouverts. Elle négocie dans un népalais parfait le prix du taxi qui nous embarque pour parcourir les quelques kilomètres qui nous séparent de la ville. Je retrouve un semblant d’ambiance indienne : le taxi, petite voiture cabossée aux sièges recouvert d’un tissu coloré, diffuse une joyeuse musique et roule à gauche. Il est déjà tard, la ville s’endort doucement…



A 5h, le lendemain matin, tout le monde est déjà réveillé. J’entends les moteurs vrombir, les échoppes s’ouvrir, les enfants jouer et les casseroles tinter. J’enfile mes chaussures et je pars à la découverte de cette ville qui demeure encore pour moi un grand mystère. Je longe de larges avenues, où circulent pêle-mêle motos, minibus et camions, plus colorés les uns que les autres. J’emprunte des ruelles secrètes, que je découvre en me perdant dans cette ville dont les rues n’ont pas vraiment de nom et donc où une carte est bien inutile voire ridicule, des ruelles bordées par de petites échoppes tenues par des vendeurs de biscuits, de sodas, ou de sel roti, ces encas typiques du Népal, qui ressemblent à des beignets. Je les observe roussir dans l’huile qui bouillonne dans de grandes marmites carbonisées et j’étudie la manière dont on les enveloppe élégamment dans du papier journal. 



Je gagne bientôt la grande place de Basantapur, au cœur de Kathmandu. Là, de jeunes népalais, vêtus à l’occidentale, se retrouvent entre amis pour discuter et boire un thé sur les marches ou sous les toits des pagodes et des temples. Il règne une atmosphère de détente et de loisir. D’autres, plus âgés, et habillés plus traditionnellement, tentent de vendre leurs souvenirs – bracelets, sacs, cartes postales – aux groupes de touristes blancs, qui braillent parfois un peu trop fort à mon goût dans leur langue maternelle, tout en capturant, tels des voleurs d’ambiance, des images de cette jolie place.

 
Je rejoins le quartier de Thamel, où s’entassent des boutiques et des restaurants pour touristes. Un véritable business lié au développement du tourisme, et notamment du trekking, depuis 1980 environ, s’y est implanté. Je ne compte plus les agences de trek, ni les magasins proposant des sacs de randonnée, des polaires et des sacs de couchage, ni ceux qui vendent des vêtements pour hippies nés de la dernière lune. Aucun népalais ne porterait ces étranges et trop peu discrets pantalons-patchwork… A Thamel, on peut manger des spaghettis bolognaise ou des croissants au chocolat. Très peu pour moi…




Je préfère amplement au quartier de Thamel, même si charmant dans sa nature, les petits villages que je traverse en m’éloignant peu à peu du centre de la ville. J’y découvre une vie plus authentiquement népalaise…
Dans les petites maisons, le feu chuchote sous les marmites. On y prépare le dal baat, le plat traditionnel népalais, composé de riz, de lentilles et de différentes sortes de légumes, le tout épicé comme je l’aime. La plupart des foyers possèdent un petit potager qu’ils entretiennent avec amour… J’en suis subjuguée. J’ignore si chaque famille parvient à subvenir à ses besoins grâce à cette agriculture vivrière et à ces plantations miniatures, toujours est-il que je note à quel point le rapport à la terre est important pour eux. Je remarquerai cela durant tout mon séjour népalais. L’agriculture est une affaire quotidienne, celle de chaque famille. On cultive des choux-fleurs, du maïs, des fraises, on fait pousser des fleurs dans des pots de fortunes, bidons d’huile et même sacs en plastique. Je dois avouer que ces activités me font envie…


Alors que j’avance de par les rues, que je m’arrête sur chaque détail architectural et surtout sur chaque scène de vie quotidienne, que j’observe le plus discrètement possible, ne désirant pas attirer trop l’attention et surtout ne pas perturber le rythme de vie des népalais, je croise des gens très différents les uns des autres. Certains ont les yeux bridés et le visage plat, d’autres ont un type plus indien, la couleur des peaux dessine un joli camaïeu de marron, différent sur chaque personne. Le Népal est un pays où existe une folle diversité de peuples et de culture. C’est l’histoire de ce territoire, coincé entre les deux géants chinois et indien, où se dressent de hautes montagnes, qui n’a jamais été colonisé par l’Occident, qui peut expliquer cette richesse humaine. 


On m’ignore, on me regarde, et le plus souvent, on me sourit. Parfois, on me salue d’un « namaste », auquel je réponds de la même manière, en joignant les mains devant la poitrine et en inclinant respectueusement la tête. Dans les yeux de ceux que je croise transparaissent le respect et la gentillesse. Je ne me lasse pas d’admirer cette vie qui se déroule, calmement, à mes côtés, ni de m’emplir de cet air népalais qui, bien que très pollué, calme mon esprit et mes pensées pressées.

1 commentaire:

  1. Merci...grâce a ces quelques lignes, je suis repartie voyager quelques minutes dans ce cher pays... :) !

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