dimanche 8 mai 2011

Pas à pas


C’est toujours d’un Namaste que je vous salue aujourd’hui. Littéralement, cela signifie « Que toutes vos qualités soient reconnues et protégées par les dieux ». Mais dans le népalais plus courant, on l’emploie pour dire « Bonjour », « Au revoir », ou même « Merci ».

C’est du cœur de la montagne que j’écris ces lignes. Je suis partie faire un petit trek, dans la région de l’Annapurna, qui appartient à la grande chaîne de l’Himalaya. Shyam, notre guide, connaît la montagne comme sa poche. A sa suite, nous empruntons à petit pas, « slowly slowly » pour économiser ses forces, afin d’en garder pour la suite de journée, des escaliers pentus, d’infinies volées de marches, desquelles sont essentiellement constitués les sentiers de notre trek. Des pierres soigneusement disposées ainsi par les locaux, nous explique Shyam. J’admire le travail… Nous franchissons des rivières sur des ponts en bois, nous nous perdons pour de faux dans la forêt, entre les singes et les cascades, et nous traversons des petits villages où tout le monde nous accueille avec un grand sourire. A vrai dire, ce sont mes moments préférés. Certes, l’état semi-méditatif dans lequel m’entraîne le rythme de la marche, le silence de la nature, les paysages vertigineux, les drapeaux tibétains, accrochés çà et là, qui laissent silencieusement les prières qu’ils portent voler dans la petite et fraîche brise de la montagne, me galvanise et me plaît plutôt bien. Mais quel n’est pas mon bonheur lorsque j’aperçois, au loin, quelques toits agroupés entre deux collines, signe de présence humaine !





Notre route est ponctuée de « Namaste ! », adressés à tous ceux que nous croisons sur notre route : les groupes de touristes, leurs guides népalais, ainsi que leurs porteurs qui, m’a dit Shyam, peuvent trimballer jusqu’à 25 kilos sur leur dos. Sacs de couchage, trousses de toilette, vêtements de rechange, toutes les petites affaires de ceux qui viennent faire du trekking au Népal. Ca me fait tout bizarre, je ne sais pas si l’on doit accepter ça. Beaucoup disent que c’est « un travail comme un autre », qu’ils « gagnent leur vie ainsi », qu’ils « sont nés là » et donc qu’ils n’ont pas autant de mal que nous, occidentaux nés et élevés dans un confort matériel, sur des terrains aplanis, être-humains aux muscles rabougris et au dos peu musclé, à force de trimballer nos corps sans dépenser notre propre énergie, à porter des charges lourdes et surtout à les hisser sur des reliefs escarpés. Pour ma part, je me sens un peu comme eux. J’ai choisi de porter mon sac sur mon dos, et je marche, calmement, toute la journée, écoutant les chuchotements de la nature autour de moi ainsi que le métronome de mes pas. Parfois, aussi, j’écoute avec amusement et admiration les porteurs qui motivent les troupes en chantant ou en sifflotant, à moins que ce ne soit en diffusant la musique stockée dans leurs téléphones portables…



Le soir, nous sommes accueillis par des familles, qui, pour la plupart, sont arrivées là il y a 15, 20 ans, dans le but d’ouvrir des chambres d’hôtes pour les trekkeurs de passage. Le développement du tourisme au Népal a en effet commencé dans les années 1980. Aujourd’hui, quelques népalais font des treks, mais la majeure partie des touristes sont ici des occidentaux. Dans les villages se réalise donc un étrange cosmopolitisme, une rencontre des cultures qui me plaît plutôt bien. Dans les cuisines des lodges, les hommes, les femmes et les enfants nous préparent des mets plus délicieux les uns que les autres, avec des ingrédients qui viennent tout droit de leurs jardins, cultivés en terrasse sur le flanc de la montagne : on ne pourrait faire plus local ! 


Le soir, la nuit tombe très vite. La montagne s’enveloppe alors d’une obscurité dans laquelle scintillent les milliers d’étoiles du ciel himalayen qu’aucun pollution lumineuse ne vient entacher. En effet, l’électricité, ici, est souvent partie en vadrouille. Elle ne me manque pas, j’aime à prendre ma doucher ou à écrire mes pensées à la lueur d’une bougie, j’aime à expérimenter cette vie simple, sans fioritures. Autour du feu qui crépite, au-dessus duquel le riz est en train de cuire, j’écoute les népalais palabrer. Leurs paroles résonnent dans ma tête comme une douce chanson. C’est fou de réaliser à quel point leur mode de vie montagnard est différent du mien. Pourtant, eux comme moi sommes des êtres-humains. Il suffit d’un sourire, et nous nous comprenons. Je trouve ça génial, fantastique, inoubliable.


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