La semaine dernière, ma boîte aux lettres pondichérienne fut baptisée par une petite enveloppe portant le cachet du Consul Général de France. Ce dernier me conviait à une réception organisée à l’occasion de la venue du sénateur des français de l’étranger, M. Louis Duvernois. Le jour J se pointa bientôt, et je me rendais, après une longue et tortueuse hésitation, à la « Résidence ». J’avais enfilé ma tenue de détective : je voulais seulement observer, j’étais curieuse de savoir à quoi ressemblait une cérémonie de ce genre, bien que dans l’idée, celle-ci me repoussait quelque peu…
A l’entrée du grandiose bâtiment, où une violente clim’ me donna des frissons, je montrai pâte blanche au gardien en lui tendant mon carton d’invitation. Autour de moi, les gens semblaient se connaître de longue date, ils s’embrassaient sur les deux joues, bien à la française –en Inde, ce geste ne se fait pas en public- et se racontaient leurs anecdotes du jour. Les femmes étaient élégamment vêtues et maquillées et la plupart des hommes portaient un joli veston qui devaient les faire suer comme des bœufs. Les petits sacs à main coquets des invitées contrastaient follement avec mon sac à dos plein à craquer et mon « lunch bag » d’où dépassait une grosse bouteille d’eau. Le feu de l’action se déroulait à l’étage, en haut des luxueux escaliers, où le Consul accueillait chacun d’un sourire et d’une poignée de main. Je me sentais déjà ridicule et je ne savais où me mettre au milieu de tous ces français. Heureusement, Sœur Thérèse, une religieuse qui avait à son compte 52 années de vie en Inde et qui tenait un atelier de broderie pour les femmes dans le besoin, se présenta à moi, comme je me présentai à elle. Je me pris d’une affection immédiate pour cette petite dame aux cheveux blancs, d’une incroyable maigreur dans sa petite robe grise et dont les yeux, derrière de grosses lunettes, brillaient de gentillesse et d’intelligence. Elle me parla de l’Inde et de sa vie, tandis que les invités défilaient devant elle en lui serrant la main et en l’appelant « Ma sœur ». On formait un chouette duo : elle devait être la plus vielle de l’assemblée, et j’étais sans doute la plus jeune.
L’alcool coulait dans les verres, les petits fours –dont certains recouverts d’une couche de pâté…- circulaient sur des plateaux, transportés de groupes en groupes par des serveurs indiens vêtus comme dans les restos 5 étoiles. Je me demandais combien de portions de « Veg Fried Rice » -à 20 roupies l’unité- on aurait pu acheter et offrir aux mendiants de la rue au lieu d’importer et d’ouvrir une bouteille de champagne supplémentaire. Le Consul et le sénateur nous convièrent bientôt dans la pièce jouxtant la salle de réception et entamèrent leur discours. Belles paroles et quolibets diplomates. J’écoutais attentivement, comme tous les français présents. Mais je fus bientôt prise d’une nausée. Je me rendis compte que je n’étais pas du tout à ma place au milieu de ces gens : le sénateur affirmait qu’on était tous des français, qu’il était là pour défendre la « communauté française » de Pondichéry –terme qui revint à plusieurs reprises dans son discours et qui me faisait un étrange effet à chaque fois que je l’entendais-, qu’il admirait la vie associative de cette « communauté », qui apparemment savait défendre ses droits… Il nous parla de l’AFE, l’Assemblée de Français de l’Etranger, dont j’ignorais jusque-là l’existence, et nous assura que les délégués de cette Assemblée faisaient du bon boulot pour nous, « français ».
Stagiaire en quête de nouveauté et de dépaysement, française malade d’un trop plein de France, jeune pacifiste quelque peu honteuse d’appartenir à la nation dominatrice de Pondichéry pendant une longue période, cette réception n’était pas faite pour moi. Je ne suis pas venue en Inde pour côtoyer la France. Le nom des rues de la ville et les baguettes à vendre dans les boulangeries, ainsi que les maisons coloniales dont j’aperçois parfois un morceau au cours de mes pérégrinations dans la ville, me suffisent amplement.
Cette réception m’a toutefois éclairé sur un des aspects de la France que je ne connaissais pas et que j’ignorais être si bien organisé et si développé : celui des « Français de l’étranger ». Mais est-on obligé de parler de « communauté » ? Est-ce tous les français mettent-ils ainsi en avant leur nationalité lorsqu’ils partent vers d’autres contrées ? Cela dit, quelque part, pourquoi pas : j’aime tant le quartier indien de Paris, les épiceries exotiques qui sentent bon les épices et les fêtes africaines organisée parfois dans ma ville. Alors, peut-être que les indiens aiment à voir ces français se réunir et s’amuser dans leur pays ?
Toujours est-il que cette « communauté » ne sera pas la mienne. Je me sauvai comme une voleuse, avant la deuxième tournée de petits fours, en n’oubliant toutefois pas de dire au revoir et à bientôt à Sœur Thérèse…
Bonjour Perrine,
RépondreSupprimerMerci de nous faire partager ton quotidien bien loin de nos latitudes bretonnes mais passionnant à lire
J'ai imprimé tes textes pour Matie qui t'embrasse bien fort.
A bientôt nous t'embrassons très fort
Gwen, Soanne, Matie et Franck
Bonjour, Je suis originaire de Pondy et cherche desesperement à contacter Soeur Thérèse justement (son email a changé) et je tombe par hasard sur votre article qui soit dit en passant a été posté le jour de mes 30 ans (9 octobre 1980 ma date de naissance) à propos de LA soeur qui s'est occupé de moi il y a 25 ans... Pouvez vous me donner son email ou numéro de téléphone par mail à bahotatiah@hotmail.fr
RépondreSupprimerJe vous en remercie mille fois! C'est tres important pour moi.