A Pondichéry, comme dans toutes les villes indiennes, les jours et les horaires de marché n’existent pas. L’activité colorée et bruyante, dans et tout autour de ces grandes halles, ne cesse tout simplement jamais. Mais c’est certainement en milieu de matinée que la vie du Goubert Market est la plus intense… Je vous offre un petit parcours entre les étals pondichériens.
Le flot humain est incessant : les acheteurs frôlent de près les vendeurs, et entre les deux se faufilent les fournisseurs, transportant sur leurs têtes d’immenses sacs remplis d’oignons rouges. J’observe la sueur qui perle à grosses gouttes sur leurs fronts et dans leur dos, je respire la poussière qui s’échappent des sacs. Ces hommes travaillent depuis tôt ce matin, à l’heure où les gigantesques camions sont arrivés des champs. Je me demande comment ils peuvent supporter une telle charge. Ils me rappellent les porteurs de la montagne népalaise… Au milieu de cette incessante frénésie, un homme, imperturbable, remplit de minuscules sachets en plastique avec des petits pois, avant de les agrafer avec soin puis de les empiler sur un seau, posé à l’envers devant lui pour faire office d’étal. Ses gestes rapides et précis sont à l’image de ceux de tous ces vendeurs, qui manient les légumes, les pois de leurs balances et les billets avec une incroyable dextérité.
Des collines de mangues m’accueillent au rayon fruit, entourées de quelques dunes d’oranges, de pommes, de papayes et de raisin. Les femmes, postées derrière leurs montagnes, me hèlent. Elles ont clamé dans la bonne oreille : je leur achète les vitamines, les couleurs et l’énergie qu’elles me proposent…
Au fond du marché sont réunis les marchands de fleurs. J’aime à promener mon regard sur ces étals, recouverts d’un océan végétal rose, jaune ou rouge, qui ondule avec une voluptueuse légèreté lorsque les vendeurs les font remuer. Les femmes, qui en décorent leurs cheveux noirs, les achètent comme des légumes, au poids.
Lorsque j’emprunte l’allée jouxtant celle des fleurs et que je découvre des cadavres d’animaux suspendus à des crochets ainsi que des coulées de sang sur du carrelage blanc, je ne peux m’empêcher de m’étonner de cette étrange configuration du marché. Qui donc a pu décidé d’un tel agencement des emplacements ? Pourquoi avoir tâché la douceur de l’atmosphère fleurie par la présence de la chair morte ?...
Mes emplettes sont bientôt terminées. Je passe par l’allée des tailleurs, puis par celle des quincailliers, avant de retomber sur les poissonnières qui n’ont pas encore vendu toutes leurs denrées. Avant de rejoindre la rue, j’adresse un dernier regard à cet univers que je chéris tant, à cet endroit dans lequel je pourrais me promener pendant des heures, à humer les parfums, à me gorger des couleurs et des saveurs et à discerner, dans le brouhaha, les voix de ces hommes et de ces femmes.