dimanche 5 décembre 2010

Heavy Rain

Elle arrive sans prévenir. Une goutte, deux, trois, à peine le temps de s’en rendre compte, et c’est le déluge. maJè péyradeu, la pluie tombe, dégringole, en chute libre, sans que rien ne puisse l’arrêter. C’est un rideau, épais et gris, qui s’abat, transformant tout à coup l’atmosphère exotique de la ville, métamorphosant la douce moiteur usuelle en lourde et puissante humidité et chassant la chaleur habituelle, celle des rayons du soleil qui caressent tendrement la peau, pour la remplacer par un effet de serre mouillé, phénomène naturel se déroulant à l’intérieur des K-ways. Sous les toits, c’est un concert de percussions, qui se hèlent et se répondent en rythme irrégulier, accompagnées par le cœur, chuchotement des gouttes finissant leur course sur le sol qui peu à peu s’en imprègne. Au début, ce dernier constitue une caisse de résonnance, puis, lui-même gorgé d’eau, il finit par atténuer l’ardeur de la musique, la pluie s’y infiltrant avec discrétion.

            Tout à coup, sortis de nulle part –en réalité cachés dans les sacs à mains ou dans les caissons des mobylettes-, les parapluies s’ouvrent et les K-ways se déploient. Perdus dans ces grands sacs qui les couvrent jusqu’à mi-mollets, les indiens perdent leur inhérente élégance. Sur les motos, ce sont les enfants qui tiennent les parapluies, protégeant ainsi les trois ou quatre personnes transportées, sauf le conducteur, qui se prend les gouttes en plein figure, plissant les yeux derrière d’éventuelles lunettes de soleil, pare-brise de fortune. Certains, ceux qui avaient oublié que c’était la saison de la mousson et qui se retrouvent sans défense, en petite tenue sous la pluie torrentielle, courent s’abriter comme ils peuvent. C’est ainsi que des petits groupes se forment, ça et là dans la rue, devant les échoppes voire à l’intérieur, quand c’est possible, en attendant que les nuages aient déversé leurs flots. D’autres préfèrent poursuivre leur chemin sous la pluie, couvrant leur tête d’un simple sac en plastique ou bien d’un mouchoir en tissu.
Mais certains jours, ceux-ci ne s’arrêtent pas, il pleut sans discontinuer pendant toute la journée, et c’est alors la vie elle-même qui semble s’arrêter. Les vendeurs n’ouvrent pas leurs boutiques, les rues sont désertes et les écoles sont fermées. Les bus se fatiguent plus vite et l’électricité bégaye ; dans la banlieue de la ville, elle fait carrément la grève. Julie, ma collègue, me raconte que le toit de sa maison fuit et qu’elle et sa famille passent les journées de pluie à éponger les murs et le sol, et ce dans l’obscurité, le courant ayant été coupé. Ces jours-là, le poème de Baudelaire raisonne dans ma tête, « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle… » ; j’ai l’esprit tout gris mais je me force à sortir pour affronter les éléments. Mon K-way breton est tout timide face à la pluie : bien vite, je suis trempée des pieds à la tête, surtout lorsque je me fais asperger par une irrespectueuse grosse voiture qui provoque un tsunami en roulant juste à côté de moi dans une flaque, que dis-je, une marre. Je continue mon chemin, les pieds dans l’eau, tentant malgré tout d’éviter les pédiluves –dont l’eau est grise, orange, ou bien à la surface de laquelle flottent divers déchets- même si mes pieds et mes claquettes sont, de toute façon, totalement gorgés d’eau. Je sens mes doigts se friper, comme lorsqu’on reste trop longtemps dans une piscine, et je ris de voir la mousse sécrétée par mon pantalon à certains endroits : j’ai dû mal le rincer à la dernière lessive… Quand j’arrive à destination, je dégouline. Tout le monde a froid, on fait chauffer du thé et on sort des tissus pour tenter tant bien que mal de se sécher. Mais l’humidité demeure, et mon corps redécouvre une sensation qu’il avait oubliée, après trois mois passés dans un climat généreusement ensoleillé : j’ai la chair de poule, oui oui, j’ai froid ! Mais pas autant que les indiens, dont certains ont acheté des caches-oreilles, des bonnets ou des cagoules en laine, pour les mois pluvieux mais surtout pour la saison hivernale qui approche, pendant laquelle la température ne s’élèvera que jusqu’à 23 degrés –qui sont bien peu comparés aux 35 degrés habituels. C’est tout un chamboulement qui s’annonce dans la vie indienne : les repas se verront modifier –on évitera de manger certains types de lentilles ou du citron par exemple, auquel cas, selon mes collègues, on attrapera un rhume ou une douleur au dos-, on boira de l’eau chaude et on posera une natte sur le carrelage avant de s’y assoir.
            Quand la pluie s’arrête, la vie reprend son cours, à ma plus grande joie. Mais, tel un applaudissement après le concert, des cascades continuent de dégringoler des gouttières : ce sont les balcons et les toits qui se vident. Malheur à qui laisse son vélo juste en dessous : la selle s’imbibe d’eau, garantissant des fesses mouillées pour les 2 jours à venir…

1 commentaire:

  1. Bonjour Perinne!
    On ne se connait pas encore, mais je voulais juste te dire que ton blog est juste incroyable!
    C'est un des rares blogs de stagiaires à l'étranger que je lis à fond:)
    J'ai moi aussi fait un stage a pondy l'année dernière et ca me rappelle pas mal de souvenirs.
    D'ailleurs j'aurai plein de questions à te poser, car j'aimerai bien refaire un stage mais dans une ONG cette fois ci.
    Comment s'est possible de communiquer sur ce blog:p En tt cas mon adresse c'est tupac_1492@hotmail.com, si tu pouvais m'envoyer un pti message, ca serait chouette :)
    en tout cas amuse toi bien à Pondy dis bonjour aux corbeaux, aux marchands de barbe à papa et à tous les pondichériens pour moi!

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