dimanche 19 juin 2011

Goubert Market


A Pondichéry, comme dans toutes les villes indiennes, les jours et les horaires de marché n’existent pas. L’activité colorée et bruyante, dans et tout autour de ces grandes halles, ne cesse tout simplement jamais. Mais c’est certainement en milieu de matinée que la vie du Goubert Market est la plus intense… Je vous offre un petit parcours entre les étals pondichériens.




            En jouant des coudes, je parviens tant bien que mal à me frayer un chemin entre les passants, les deux- et trois-roues qui se bousculent devant l’entrée principale du marché. A peine entrée, une violente odeur, sûre d’elle-même, précède le spectacle qui se déroule sous mes yeux, émerveillés par tant de couleurs et d’activité : je viens de pénétrer dans le marché aux poissons. Les femmes des pêcheurs des villages alentours proposent à grand cris les produits du jour, ramenés le matin même sur la plage par leurs maris. Sur les étals, de gros poissons visqueux côtoient de mignonnes petites crevettes. Un peu plus loin, des femmes travaillent les bêtes au couteau. Les écailles des poissons, illuminées par les quelques rayons de soleil qui pénètrent à l’intérieur du marché, volent, telles des paillettes, autour des femmes, au rythme des coups de couteau qui frappent sans relâche de gros supports en bois, érodés à force de subir ce sort depuis tant d’années. Les transactions se multiplient, il faut faire vite. Dans quelques heures, le poisson perdra de sa fraîcheur et ne pourra plus être vendu. Les femmes de pêcheurs déserteront le marché et partiront se préparer pour l’acte du lendemain.




            A l’odeur du poisson succède un doux parfum de fruits et légumes, condimentés de menthe, de coriandre et de feuilles de curry. L’agitation est toutefois la même dans cette partie du marché. De fiers vendeurs vantent leurs marchandises et s’égosillent à coups de « Takali pattoe rouba ! » (« Dix roupies les tomates ! ») tout en servant leurs clients. Les étals sont composés de grands sacs de jute dans lesquels pomme de terre, carotte, choux et tomates poireautent sagement, avant de se faire enfermer dans un sac en plastique ou de se voir valdinguer dans un petit panier. Quelques petites dames proposent d’un air timide leurs concombres et leurs aubergines, soigneusement empilés à même le sol. Certains vendeurs n’ont pas terminé leur petit-déjeuner : ils piochent dans leurs boîtes en inox de grosses poignées de riz tout en discutant avec leurs voisins. 


Le flot humain est incessant : les acheteurs frôlent de près les vendeurs, et entre les deux se faufilent les fournisseurs, transportant sur leurs têtes d’immenses sacs remplis d’oignons rouges. J’observe la sueur qui perle à grosses gouttes sur leurs fronts et dans leur dos, je respire la poussière qui s’échappent des sacs. Ces hommes travaillent depuis tôt ce matin, à l’heure où les gigantesques camions sont arrivés des champs. Je me demande comment ils peuvent supporter une telle charge. Ils me rappellent les porteurs de la montagne népalaise… Au milieu de cette incessante frénésie, un homme, imperturbable, remplit de minuscules sachets en plastique avec des petits pois, avant de les agrafer avec soin puis de les empiler sur un seau, posé à l’envers devant lui pour faire office d’étal. Ses gestes rapides et précis sont à l’image de ceux de tous ces vendeurs, qui manient les légumes, les pois de leurs balances et les billets avec une incroyable dextérité. 



Des collines de mangues m’accueillent au rayon fruit, entourées de quelques dunes d’oranges, de pommes, de papayes et de raisin. Les femmes, postées derrière leurs montagnes, me hèlent. Elles ont clamé dans la bonne oreille :  je leur achète les vitamines, les couleurs et l’énergie qu’elles me proposent…
Au fond du marché sont réunis les marchands de fleurs. J’aime à promener mon regard sur ces étals, recouverts d’un océan végétal rose, jaune ou rouge, qui ondule avec une voluptueuse légèreté lorsque les vendeurs les font remuer. Les femmes, qui en décorent leurs cheveux noirs, les achètent comme des légumes, au poids.
Lorsque j’emprunte l’allée jouxtant celle des fleurs et que je découvre des cadavres d’animaux suspendus à des crochets ainsi que des coulées de sang sur du carrelage blanc, je ne peux m’empêcher de m’étonner de cette étrange configuration du marché. Qui donc a pu décidé d’un tel agencement des emplacements ? Pourquoi avoir tâché la douceur de l’atmosphère fleurie par la présence de la chair morte ?...
Entre les vendeurs de produits frais se sont incrustés plusieurs petits marchands qui proposent des produits aussi divers que des lentilles, du dentifrice et des seaux en plastique, en passant par les piments séchés et les anti-moustiques. Je me réjouis de l’importance de ces petites épiceries en Inde. Elles font des pieds-de-nez aux supermarchés qui, bien que de plus en plus nombreux dans la ville, ne parviennent pas à leur voler la vedette. 


 


 Mes emplettes sont bientôt terminées. Je passe par l’allée des tailleurs, puis par celle des quincailliers, avant de retomber sur les poissonnières qui n’ont pas encore vendu toutes leurs denrées. Avant de rejoindre la rue, j’adresse un dernier regard à cet univers que je chéris tant, à cet endroit dans lequel je pourrais me promener pendant des heures, à humer les parfums, à me gorger des couleurs et des saveurs et à discerner, dans le brouhaha, les voix de ces hommes et de ces femmes.

dimanche 8 mai 2011

Décor sonore


La danse des corps dans les villes indiennes est d’une densité incroyable : ils se croisent dans les rues, ils se pressent entre les étals du marché, ils se compressent même sur les sièges et dans les allées des bus. Mais cette proximité, subite et impersonnelle, est vite oubliée. L’entrelacs des corps se fait et se défait constamment, sans jamais se figer. Une valse commune, dansée sans même y penser par ces hommes et ces femmes, pour qui c’est une chorégraphie banale et quotidienne.




Liberté d’expression corporelle
A l’inverse, c’est une relation des plus intimes que les gens entretiennent avec leur propre corps. Ils le laissent s’exprimer, dire au monde ce qu’il a envie de dire, sans jamais lui couper la parole. Se racler la gorge en pleine rue, cracher par terre, se moucher d’un geste sec de la main, et tout cela sans manières, sans excuses : autant d’exemples de comportement qui sont la preuve que le phénomène de censure des manifestations du corps n’existe pas ici comme il fait rage chez nous. Les pieds sont parfois nus sur le sol goudronné et poussiéreux ; c’est la main qu’on utilise pour manger. En France, un tel comportement passerait pour anarchique, impoli, ou même fou. Mais ici, ce sont des pratiques tout à fait acceptables, voire recommandables -le sonore rôt qu’un invité laisse entendre à ses hôtes signifie que ce dernier est repus, donc satisfait par les mets servis. Il y a bien une distinction qui se fait entre les castes, ou entre les classes, mais elle se situe dans la nuance du geste et non dans l’acte lui-même : certains toussoteront pendant que d’autres s’arracheront la gorge, certains retiendront leur molard pour le cracher à l’écart de la foule alors que d’autres n’hésiteront pas à le faire frôler les pieds des passants –les miens, en l’occurrence.


Le procès de civilisation en procès
Dégoûtant, direz-vous ? Déroutant, répondrais-je plutôt. Enrichissant, ajouterais-je bientôt. Ce rapport au corps à la sauce indienne, qui diffère totalement de celui en vogue chez nous, invite à méditer sur la notion de « civilisation ». En Inde, le phénomène qui a conduit à la féminisation de la société, à la hantise de laisser transparaître les émanations de son corps –odeurs, bruits ou autre-, théorisé par Elias, n’a pas eu lieu ou, du moins, pas de la même manière. Le développement de la société de cour, qui a conduit à la construction de ce rapport au corps ; puis la diffusion des pratiques sociales du haut en bas de la pyramide sociétale, font partie de l’histoire occidentale et non de celle, en l’occurrence, de l’Inde. Les notions de politesse, de propreté auxquelles nous avons été éduqués et habitués sont celles de l’Occident, elles y ont été érigées de toutes pièces, petit à petit, au cours d’un processus qui a duré de longues années. Mais ici, l’histoire fut toute autre, la configuration territoriale et sociale bien différente : les pratiques sociales s’en trouvent donc, à l’heure qu’il est, totalement étrangères.
            La rencontre avec les humeurs corporelles d’autrui que j’ai faite dès mes premiers pas en Inde est une invitation à mettre en pratique les cours de sociologie -rien, dans une société, n’existe par nature, tout aurait pu ne pas être- mais aussi à se questionner sur la valeur des règles qui forgent notre existence. Sans aller jusqu’à les rejeter, puisqu’elles font partie d’une culture qui possède ses propres caractéristiques, il s’agit simplement de réaliser qu’il n’en existe pas qu’un seul modèle, et par conséquent relativiser ses notions, en tolérant celles des autres.

« Stand erect, sit erect, and be neat and clean in every one of your acts, and let these be an expression of your inner condition. » Gandhi (article du Young World, The Hindu, 28 septembre 2010)




Postures et cultures
            En outre, ce n’est pas seulement l’esprit qui est dérouté par les pratiques indiennes. Le corps lui-même y réagit, à sa manière. Ainsi, je me trouve incapable de rester assise en tailleur aussi longtemps qui mes collègues indiennes avec qui je partage mon repas du midi, par terre, sur le carrelage. Je persévère avec motivation, mais j’ai bien du mal à résister à la colonisation de mes jambes par les fourmis, qui vont même jusqu’à causer de sévères souffrances à mes pieds. Habitué à être installé sur une chaise, mon corps s’étonne de cette étrange position que je lui demande de prendre. Mais ici, c’est la posture classique, celle des enfants dans la plupart des salles de classes, celle des fabricants de chaussures dans leurs petites échoppes posées sur les trottoirs, et surtout celle qu’adoptent les indiens pendant les repas. Les cuisines ne sont ici que rarement pourvues de tables et de chaises. Le mobilier, les objets qui nous entourent, s’incrusteraient-ils donc jusque dans notre corps lui-même ?

Article écrit pour Décloîtrés, le magazine des 3ème année de l’IEP de Rennes à l’étranger ; retrouver-le sur le lien suivant : http://issuu.com/decloitres/docs/decloitres-numero-special?mode=embed&layout=http%3A%2F%2Fskin.issuu.com%2Fv%2Flight%2Flayout.xml&showFlipBtn=true&autoFlip=true&autoFlipTime=6000&AID=10829131&PID=3662453&SID=skim725X235773X840311015263ca4d6b6f80c087695bc2

Pas à pas


C’est toujours d’un Namaste que je vous salue aujourd’hui. Littéralement, cela signifie « Que toutes vos qualités soient reconnues et protégées par les dieux ». Mais dans le népalais plus courant, on l’emploie pour dire « Bonjour », « Au revoir », ou même « Merci ».

C’est du cœur de la montagne que j’écris ces lignes. Je suis partie faire un petit trek, dans la région de l’Annapurna, qui appartient à la grande chaîne de l’Himalaya. Shyam, notre guide, connaît la montagne comme sa poche. A sa suite, nous empruntons à petit pas, « slowly slowly » pour économiser ses forces, afin d’en garder pour la suite de journée, des escaliers pentus, d’infinies volées de marches, desquelles sont essentiellement constitués les sentiers de notre trek. Des pierres soigneusement disposées ainsi par les locaux, nous explique Shyam. J’admire le travail… Nous franchissons des rivières sur des ponts en bois, nous nous perdons pour de faux dans la forêt, entre les singes et les cascades, et nous traversons des petits villages où tout le monde nous accueille avec un grand sourire. A vrai dire, ce sont mes moments préférés. Certes, l’état semi-méditatif dans lequel m’entraîne le rythme de la marche, le silence de la nature, les paysages vertigineux, les drapeaux tibétains, accrochés çà et là, qui laissent silencieusement les prières qu’ils portent voler dans la petite et fraîche brise de la montagne, me galvanise et me plaît plutôt bien. Mais quel n’est pas mon bonheur lorsque j’aperçois, au loin, quelques toits agroupés entre deux collines, signe de présence humaine !





Notre route est ponctuée de « Namaste ! », adressés à tous ceux que nous croisons sur notre route : les groupes de touristes, leurs guides népalais, ainsi que leurs porteurs qui, m’a dit Shyam, peuvent trimballer jusqu’à 25 kilos sur leur dos. Sacs de couchage, trousses de toilette, vêtements de rechange, toutes les petites affaires de ceux qui viennent faire du trekking au Népal. Ca me fait tout bizarre, je ne sais pas si l’on doit accepter ça. Beaucoup disent que c’est « un travail comme un autre », qu’ils « gagnent leur vie ainsi », qu’ils « sont nés là » et donc qu’ils n’ont pas autant de mal que nous, occidentaux nés et élevés dans un confort matériel, sur des terrains aplanis, être-humains aux muscles rabougris et au dos peu musclé, à force de trimballer nos corps sans dépenser notre propre énergie, à porter des charges lourdes et surtout à les hisser sur des reliefs escarpés. Pour ma part, je me sens un peu comme eux. J’ai choisi de porter mon sac sur mon dos, et je marche, calmement, toute la journée, écoutant les chuchotements de la nature autour de moi ainsi que le métronome de mes pas. Parfois, aussi, j’écoute avec amusement et admiration les porteurs qui motivent les troupes en chantant ou en sifflotant, à moins que ce ne soit en diffusant la musique stockée dans leurs téléphones portables…



Le soir, nous sommes accueillis par des familles, qui, pour la plupart, sont arrivées là il y a 15, 20 ans, dans le but d’ouvrir des chambres d’hôtes pour les trekkeurs de passage. Le développement du tourisme au Népal a en effet commencé dans les années 1980. Aujourd’hui, quelques népalais font des treks, mais la majeure partie des touristes sont ici des occidentaux. Dans les villages se réalise donc un étrange cosmopolitisme, une rencontre des cultures qui me plaît plutôt bien. Dans les cuisines des lodges, les hommes, les femmes et les enfants nous préparent des mets plus délicieux les uns que les autres, avec des ingrédients qui viennent tout droit de leurs jardins, cultivés en terrasse sur le flanc de la montagne : on ne pourrait faire plus local ! 


Le soir, la nuit tombe très vite. La montagne s’enveloppe alors d’une obscurité dans laquelle scintillent les milliers d’étoiles du ciel himalayen qu’aucun pollution lumineuse ne vient entacher. En effet, l’électricité, ici, est souvent partie en vadrouille. Elle ne me manque pas, j’aime à prendre ma doucher ou à écrire mes pensées à la lueur d’une bougie, j’aime à expérimenter cette vie simple, sans fioritures. Autour du feu qui crépite, au-dessus duquel le riz est en train de cuire, j’écoute les népalais palabrer. Leurs paroles résonnent dans ma tête comme une douce chanson. C’est fou de réaliser à quel point leur mode de vie montagnard est différent du mien. Pourtant, eux comme moi sommes des êtres-humains. Il suffit d’un sourire, et nous nous comprenons. Je trouve ça génial, fantastique, inoubliable.


samedi 30 avril 2011

Kathmandu


C’est un aéroport presque désert qui m’accueille à Kathmandu en ce soir d’avril. Je passe la frontière du pays sans trop de difficulté : 25 dollars, un petit autocollant sur mon passeport, et me voilà autorisée à entrer dans la capitale au nom de rêve. Je retrouve Lucie, mon amie rennaise stagiaire dans une ONG népalaise depuis septembre dernier, qui m’accueille à bras ouverts. Elle négocie dans un népalais parfait le prix du taxi qui nous embarque pour parcourir les quelques kilomètres qui nous séparent de la ville. Je retrouve un semblant d’ambiance indienne : le taxi, petite voiture cabossée aux sièges recouvert d’un tissu coloré, diffuse une joyeuse musique et roule à gauche. Il est déjà tard, la ville s’endort doucement…



A 5h, le lendemain matin, tout le monde est déjà réveillé. J’entends les moteurs vrombir, les échoppes s’ouvrir, les enfants jouer et les casseroles tinter. J’enfile mes chaussures et je pars à la découverte de cette ville qui demeure encore pour moi un grand mystère. Je longe de larges avenues, où circulent pêle-mêle motos, minibus et camions, plus colorés les uns que les autres. J’emprunte des ruelles secrètes, que je découvre en me perdant dans cette ville dont les rues n’ont pas vraiment de nom et donc où une carte est bien inutile voire ridicule, des ruelles bordées par de petites échoppes tenues par des vendeurs de biscuits, de sodas, ou de sel roti, ces encas typiques du Népal, qui ressemblent à des beignets. Je les observe roussir dans l’huile qui bouillonne dans de grandes marmites carbonisées et j’étudie la manière dont on les enveloppe élégamment dans du papier journal. 



Je gagne bientôt la grande place de Basantapur, au cœur de Kathmandu. Là, de jeunes népalais, vêtus à l’occidentale, se retrouvent entre amis pour discuter et boire un thé sur les marches ou sous les toits des pagodes et des temples. Il règne une atmosphère de détente et de loisir. D’autres, plus âgés, et habillés plus traditionnellement, tentent de vendre leurs souvenirs – bracelets, sacs, cartes postales – aux groupes de touristes blancs, qui braillent parfois un peu trop fort à mon goût dans leur langue maternelle, tout en capturant, tels des voleurs d’ambiance, des images de cette jolie place.

 
Je rejoins le quartier de Thamel, où s’entassent des boutiques et des restaurants pour touristes. Un véritable business lié au développement du tourisme, et notamment du trekking, depuis 1980 environ, s’y est implanté. Je ne compte plus les agences de trek, ni les magasins proposant des sacs de randonnée, des polaires et des sacs de couchage, ni ceux qui vendent des vêtements pour hippies nés de la dernière lune. Aucun népalais ne porterait ces étranges et trop peu discrets pantalons-patchwork… A Thamel, on peut manger des spaghettis bolognaise ou des croissants au chocolat. Très peu pour moi…




Je préfère amplement au quartier de Thamel, même si charmant dans sa nature, les petits villages que je traverse en m’éloignant peu à peu du centre de la ville. J’y découvre une vie plus authentiquement népalaise…
Dans les petites maisons, le feu chuchote sous les marmites. On y prépare le dal baat, le plat traditionnel népalais, composé de riz, de lentilles et de différentes sortes de légumes, le tout épicé comme je l’aime. La plupart des foyers possèdent un petit potager qu’ils entretiennent avec amour… J’en suis subjuguée. J’ignore si chaque famille parvient à subvenir à ses besoins grâce à cette agriculture vivrière et à ces plantations miniatures, toujours est-il que je note à quel point le rapport à la terre est important pour eux. Je remarquerai cela durant tout mon séjour népalais. L’agriculture est une affaire quotidienne, celle de chaque famille. On cultive des choux-fleurs, du maïs, des fraises, on fait pousser des fleurs dans des pots de fortunes, bidons d’huile et même sacs en plastique. Je dois avouer que ces activités me font envie…


Alors que j’avance de par les rues, que je m’arrête sur chaque détail architectural et surtout sur chaque scène de vie quotidienne, que j’observe le plus discrètement possible, ne désirant pas attirer trop l’attention et surtout ne pas perturber le rythme de vie des népalais, je croise des gens très différents les uns des autres. Certains ont les yeux bridés et le visage plat, d’autres ont un type plus indien, la couleur des peaux dessine un joli camaïeu de marron, différent sur chaque personne. Le Népal est un pays où existe une folle diversité de peuples et de culture. C’est l’histoire de ce territoire, coincé entre les deux géants chinois et indien, où se dressent de hautes montagnes, qui n’a jamais été colonisé par l’Occident, qui peut expliquer cette richesse humaine. 


On m’ignore, on me regarde, et le plus souvent, on me sourit. Parfois, on me salue d’un « namaste », auquel je réponds de la même manière, en joignant les mains devant la poitrine et en inclinant respectueusement la tête. Dans les yeux de ceux que je croise transparaissent le respect et la gentillesse. Je ne me lasse pas d’admirer cette vie qui se déroule, calmement, à mes côtés, ni de m’emplir de cet air népalais qui, bien que très pollué, calme mon esprit et mes pensées pressées.

Muscat, à la croisée des mondes…


Aujourd’hui, c’est salamaleikoum que je vous dis à tous. Après un retour en France de trois petits mois, reglementations de visa obligent, me voici repartie pour deux mois dans nepalo-indiens. Mais avant de retrouver les moix de coco, les epices et les couleurs, petit detour par la peninsule arabique...

Après une courte nuit dans les nuages, entrecoupée de trous d’air, d’annonces en arabe et de repas miniatures dégustés avec des couverts en plastique doré, j’ai atterri à Muscat, capitale d’Oman, dans la péninsule arabique. Je suis en transit dans cet aéroport, entre Paris, que j’ai quitté hier soir, et Kathmandu, capitale du Népal, qui m’ouvrira ses portes en fin d’après-midi. 4 heures d’attente à l’aéroport de Muscat, propices à l’observation méticuleuse de ce lieu si fantastique par son cosmopolitisme. Je pêche des sensations, j’attrape des sons et je vous relate ici mes impressions…

Dans cet aéroport, trois mondes se croisent. Le monde arabe, tout d’abord, sur le sol duquel je me trouve. Pendant toute la durée du vol qui m’a menée jusqu’ici, l’écran devant moi indiquait la direction de La Mecque, afin que les passagers musulmans puissent se positionner correctement pour faire leurs prières. J’espère qu’ils y sont parvenus, malgré l’espace très étroit qui leur était laissé entre les sièges d’avion pour se tourner si besoin en était. L’aéroport de Muscat a des allures de palais des mille et une nuits. Ses murs ont la couleur du sable du désert sur lequel il est posé. A l’arrivée, c’est un homme en djellabah, qui discutait en arabe avec ses collègues, qui m’a faite passer le contrôle de sécurité. Ici, les snacks servent de la viande halal et certaines femmes, dont celles qui posent sur les affiches placardées sur les murs de l’aéroport, sont voilées. Le hall d’attente est doté de deux mosquées : l’une pour les femmes et l’autre pour les hommes.
            Dans cet espace de transit, le monde indien est quant à lui presque plus présent que son homologue arabe. Les indiens composent autant le personnel de l’aéroport que les voyageurs en transit, qui poireautent à mes côtés en attendant que leur avion décolle. La péninsule arabique est en effet une terre d’accueil pour nombre d’indiens, qui viennent y chercher un emploi mieux payé que chez eux. Ils viennent y travailler quelques années, avant de retourner au pays. Les vols au départ de Muscat sont d’ailleurs, pour la plupart d’entre eux, à destination de villes indiennes. Je reconnais les saris colorés des femmes, je retrouve leurs bijoux dorés et leur puttu, ce point rouge qu’elles arborent entre leurs deux yeux et qui font resplendir leur peau brune. Certains ont allumé leur portable et diffusent de la musique indienne dans le hall. J’entends parler hindi, tamoul, et certainement d’autres langages que je suis incapable, après ma courte expérience indienne, de reconnaître. 


            Enfin, à ces deux mondes orientaux se superpose le mien : celui des européens qui partent vers l’Asie, vacanciers en manque de soleil, d’exotisme et d’aventure. Certains ont dormi là, affalés sur les moquettes, la tête reposant sur leurs sacs. Ils en ont encore la trace sur les joues. Ils ont revêtus leurs vêtements de sport, afin d’être bien à l’aise pendant la durée du voyage. On les croirait sortis de Décathlon. Il y a aussi des hommes vêtus de costard, certainement en quête d’affaires à faire.


           
            Je suis spectatrice de ce mélange de cultures, de ce bouillon dans lequel se côtoient ces mondes si différents sans pour autant se mélanger. Les allers et venues se multiplient, les gens achètent des choses et d’autres en duty free. Les annonces se succèdent, les avions décollent pour Calcutta, Bombay, Delhi ou Bangkok. Encore quelques heures d’attente pour moi avant de rejoindre la porte 21, d’où décollera mon engin pour Kathmandu…