mercredi 29 septembre 2010

Fete du velo

      Faire du vélo à Pondichéry, voilà une mission bien épicée. Telle était ma pensée lorsque j’ai fais connaissance avec la circulation des rues indiennes, composée de zigzags incessants dessinés par les voitures, les cars, les rickshaws et les motos. Sans oublier les vaches, les chiens et les piétons, chacun occupant sa place sur la route goudronnée. Vu les difficultés que j’avais à circuler à pied au milieu de cette folle activité, je me demandais bien comment j’arriverais à enfourcher un deux roues et à affronter de plein fouet les bolides indiens. Mais ce n’était qu’une introduction. La suite ne tarda pas, et les chapitres défilent aujourd’hui, maintenant que j’ai osé acheter un vélo et que je ne crains pas de me moquer du code de la route à la française pour élaborer de savantes arabesques quand il s’agit de tourner à droite –puisqu’ici, on roule à gauche, colonisation anglaise oblige- ou bien de doubler un scooter transportant une petite famille, un peu trop lent au goût de mes guiboles. Au cœur du tumulte, je réalise alors que la circulation n’est pas anarchique pour une roupie, au contraire, c’est une jolie chorégraphie, qui laisse certes place à une grande part d’improvisation, mais dont le résultat est des plus originaux et somptueux. La musique accompagne le ballet : des coups de klaxons à tout va, chaque véhicule possédant sa propre sonorité –certaines voitures diffusent même de petites mélodies pour avertir qu’elles font marche arrière…
J’ai donc pris goût au vélo indien. Mon destrier, violet à fleurs bleu, possède un joli panier sur le devant et un petit porte-bagage à l’arrière. Pas de vitesse, ce serait bien inutile, il me faut freiner à chaque intersection ; et une sonnette, indispensable si je veux jouer dans l’orchestre –même si en l’occurrence, la mienne est coincée. Les antivols indiens sont fixés directement sur le vélo, ils ne font que bloquer la roue arrière, et le système de béquille est ici particulièrement développé : pas besoin par conséquent de dénicher un tronc d’arbre ou un poteau pour attacher sa monture. Personne ici ne songerait, de toute façon, à dérober une bicyclette : il ne saurait laquelle choisir, tant elles sont nombreuses dans la ville, toutes alignées sur les bords de rues, attendant sagement leurs propriétaires. Les pompes à vélos ne s’achètent pas, il faut se rendre dans les petites échoppes de mécanicien et payer 4 roupies pour repartir sur des roues regonflées. Ici, l’heure n’est pas au port du casque obligatoire, ni à celui du gilet jaune d’ailleurs. Personne n’a de phares, mais tout le monde a un klaxon : beaucoup plus utile, même la nuit ! Aucune signalisation indiquant la présence d’une piste cyclable, mais il est évident que celles-ci sont partout ; il y a de la place pour tout le monde et ce que l’on circule dans une minuscule ruelle tout comme sur l’immense et très empruntée « East Road Coast », que j’ai inaugurée hier. Il règne une ambiance très tolérante sur les routes indiennes : aucune agressivité ni énervement dans ce concert de klaxon, bien au contraire ! Toutefois, cette bienséance se manifeste par de toutes autres manières que chez nous. Personne ne remercie en faisant un signe de la main ou même un sourire. Par contre, tout le monde laisse passer tout le monde ; non pas en s’arrêtant, mais en contournant… Ainsi, je suis devenue une danseuse urbaine. Je fais partie du spectacle vivant qui se déroule à chaque instant. C’est super chouette, je vous assure.

jeudi 23 septembre 2010

Un, deux, toits... Soleil

            La journée d’aujourd’hui fut fantastique. Riche en découvertes et en rencontres, si bien que je ne résiste pas à vous la raconter dans les moindres détails. Peut-être cela vous ennuiera-t-il, dans ce cas attardez-vous sur les photos, j’espère qu’elles sauront refléter l’atmosphère qui régnait sur les lieux. Décrire précisément cette journée me semble toutefois essentiel, à la fois pour vous présenter l’ONG qui m’accueille que pour vous parler des réalités indiennes et vous permettre de voyager par écrit, mais également pour confier mes impressions et mes sensations personnelles.
            Ce matin, j’étais une des premières éveillées de Pondichéry. Dès 4h30, j’étais sur mon vélo, parcourant les rues désertes pour me rendre aux locaux d’INDP, où j’avais rendez-vous à 5h. Comme à mon habitude, j’avais 20 minutes d’avance, et mes compères en avaient 20 de retard. J’ai eu le temps d’observer le réveil discret de la rue, les travailleurs, qui partaient au boulot sur leur motos, mais surtout ces femmes et ces hommes qui balaient la ville, et qui en cette heure matinale étaient déjà à la tâche.
            La Jeep de l’ONG est passée me prendre et nous avons démarré en trombe. Shiva, Radji et Dominique, de l’équipe de l’ONG, se sont arrêtés boire un café –à l’indienne, c'est-à-dire dans un minuscule verre en inox, avec deux cuillérées de sucre et une tornade de lait mousseux- puis nous avons quitté la ville, tandis que la radio crachotait des sons bollywoodiens et que mes camarades déblatéraient en tamoul. Nous sommes arrivés à Latture, un petit village de campagne, là où les chemins verdoyants remplaçaient les rues bruyantes que je connaissais jusque-là. C’était là qu’INDP avait mené un projet de construction de logements, au bénéfice de 14 familles appartenant à une communauté tribale, les Irulars, qui jusque-là vivaient à l’écart du village, sur un terrain inondable en période de mousson. La Jeep a déboulé au bord du quartier tout neuf, où 14 cubes de béton coloré se tenaient, rangés en ordre, face à face. Les familles bénéficiaires étaient déjà au travail, tout le monde s’activait pour frotter les murs des maisons, qui devaient être présentables pour la cérémonie d’inauguration. Radji et les autres étaient également tendus et stressés, c’était à eux que revenait la responsabilité des derniers préparatifs, avant que les « officiels » ne débarquent. J’était un peu paumée, je ne savais comment apporter mon aide, d’autant plus que, dans la précipitation, on me donnait des ordre en tamoul, ce qui m’avançait fort peu. Les hommes du village ont monté une grande tente, puis décoré les alentours avec des bananiers qu’ils venaient apparemment de couper. Les plus jeunes se sont occupés de la sono, en installant une énorme enceinte qui s’est mise à hurler dès qu’ils l’ont branchée. On se serait cru dans une discothèque en plein air. J’ai souri à tous ces gens qui me regardaient, j’ai aidé Radji à poser sur chaque porte les autocollants portant les noms de chaque famille, puis je me suis attelée à la fixation de rubans verts en travers de chaque porte, afin de donner un air important à la chose… Pendant ce temps, les gens décoraient leurs portes de poudre de couleur, dessinaient des kollams –dessins de bienvenue tracés sur le sol avec de la poudre de riz- sur le béton gris et apportaient des petites statuettes ainsi que des poteries à l’intérieur des murs. Car la véritable cérémonie, pour eux, avait une connotation plus spirituelle qu’officielle et devait se tenir à 10h précises : les maisons furent inaugurées par le lait qui devait alors bouillir dans des récipients tout neufs, au-dessus d’un petit brasier que chaque foyer a allumé avec tendresse et précaution, avant de tenir leurs mains jointe au-dessus du feu.
            J’ai dévoré les idlis et le sambar que Shiva était parti chercher pour moi : des boulettes de riz enveloppés dans du papier journal, sur lesquels j’ai versé la sauce épicée et que j’ai mangé à l’aide de mes doigts, bien sûr. Cela m’a laissé une agréable sensation de piquant sur les lèvres pour le reste de la matinée, qui s’accordait on ne peut mieux avec cet univers dans lequel j’étais plongée.
            Vers 10h30, d’importants bonhommes ont débarqué -si j’en crois le silence qui a tout à coup fait place aux rires des enfants et aux discussions des adultes qui jusque-là constituaient le paysage sonore : les « officiels » du gouvernement indien, les députés et les membres de je ne sais quelle autre institution publique, tous partenaires du projet –c’est-à-dire donateurs. Suivaient Augustin, directeur d’INDP, et le Consul de France de la région –représentant la participation de la région Poitou Charente dans le projet de construction. Tout ce petit groupe avançait d’un air digne vers la vielle tente, sous laquelle étaient assis, sur des chaises en plastique rouge et bleu, les familles Irulars, riant discrètement pour les uns, ouvrant des yeux un peu étonnés pour les autres. Julie, ma collègue au bureau d’INDP, est également arrivée, parée d’un élégant sari rose qui faisait resplendir sa peau brune et ses bijoux dorés. J’étais pour ma part houspillée d’un chuditar –la tenue quotidienne des indiennes- que j’avais acheté en vitesse la veille au soir, sur les conseils de Julie, et qui portait encore la marque des plis…  Le Consul a eu droit à une visite personnelle des lieux, guidé par Augustin, ce qui à mon humble avis fut la preuve d’une violence symbolique inouïe, infligée aux tribaux indiens qui attendaient sagement sous la tente que « La France » aie fini de jeter son coup d’œil sur les lieux.
            La cérémonie fut rythmée par les allocutions des différents monsieurs, qui débitèrent leur flots de paroles en tamoul, qui rimèrent, de mon point de vue, plus avec une longue poésie en langage de fou qu’avec des dires officiels. Tant mieux. Tout cela était bien pompeux et longuet, j’allais m’assoupir lorsque le « power cut » -la coupure d’électricité- qui survint vers midi me rappela que j’étais en Inde et que je n’avais pas de quoi dormir, tellement il y avait à observer et à apprendre. Deux blancs apparurent tout à coup sur la scène : un homme armé d’un appareil photo et une fille maniant une grosse caméra ; le « service presse » du Ministère des Affaires Etrangères, qui bombarda le Consul puis les familles indiennes, n’hésitant pas à arracher des images fabuleuses et entrant sans gêne dans les sourires des gens. Enfin, les rubans verts furent découpés et les clés furent remis en mains propres à chaque famille…
            Une fois les applaudissement estompés et le public levé de ses chaises de jardin, toute la troupe est partie visiter les jardins potagers, quelques centaines de mètres plus loin. Ceux-ci constituaient un projet complémentaire à celui de la construction des nouvelles habitations, également mené par INDP, et dont l’objectif était de transformer les anciennes terres des Irulars en parcelles fertiles. Pour m’y rendre, je fus invitée par le Consul à prendre place dans sa voiture, et c’est sur un siège de cuir couleur caramel que j’ai parcouru le chemin en échangeant avec ce Monsieur, très sympathique par ailleurs.
Sur un sol de terre poussiéreuse étaient disposées de petites maisons de pailles et de terre sèche, les anciens toits des Irulars. Elles m’ont fait penser aux cabanes des nouveaux éco-hôtels à la mode, je me suis dit que plus d’un Européen aimerait passer ses vacances dans un abri comme celui-ci. Julie m’a fait entrer dans l’une d’elles, en m’expliquant que 5 ou 6 personnes vivaient dans ce réduit sombre, que la cuisine ne pouvait se faire qu’à l’extérieur et que c’était très dur comme vie. N’empêche, je ne pouvais pas m’empêcher de trouver ces maisonnettes bien chouettes, j’étais presque déçue qu’ils les abandonnent pour aller s’enfermer entre 4 murs de béton et derrière une porte cadenassée. Mais je suppose que c’est mon regard d’occidentale, habituée et même gavée de confort, qui me faisait cogiter ainsi…
            Les estomacs commençaient à gronder, c’était l’heure de gouter aux subtiles préparations indiennes qui avaient été cuisinées pour l’occasion. Assis en tailleur sur des tapis colorés et sous une toile de tente, nous nous sommes régalé de galettes de céréales, de boulettes à la noix de coco, de sauce aux oignons et de riz Byriani, le tout disposé sur une jolie feuille de bananier. Le Consul, les deux journalistes et moi-même étions entouré de tous les enfants du village, qui nous apprenaient à manger correctement avec les doigts. C’était succulent, typique, je nageais en plein bonheur.
            Le moment le plus trépidant de la journée ne tarda pas à survenir. Après manger, tout le monde pris un temps pour digérer, se posa, discuta calmement. Je partis à la découverte des lieux, bien décidée à y dénicher quelque chose d’insolite, je ne savais pas quoi encore. Les Irulars étaient assis par terre, formant des petits groupes, et les enfants s’amusaient dans les jardins ou avec une vielle roue de vélo qu’ils faisaient rouler sur le sol sablonneux. J’avais l’air un peu cruche à débiter des sourires à tout va et à regarder autour de moi comme si j’étais au paradis, toutefois une femmes m’a invitée à prendre place sur une chaise, devant elle et ses compagnes. J’aurais voulu m’asseoir par terre comme elles, mais j’avais peut de paraître impolie, je me suis donc assise et j’ai affronté ces beaux regards, qui m’intimidaient tout de même. On échangeait des sourires, des signes, ils tentaient de me parler en tamoul mais je ne comprenais pas. J’ai entrepris de leur faire part de mes faibles connaissances dans la langue, ils ont eu l’air enchantés quand je leur ai dit qu’il faisait très chaud et que j’avais 19 ans. Petit à petit, j’ai réussi à comprendre plusieurs de leurs question, et je répondais comme je pouvais. Puis, et c’est là que c’est devenu magique, nous nous sommes mis à écrire et à lire dans le sable –car si je ne sais pas parler, je connais toutefois l’écriture tamoule : leurs prénoms à tous, puis quelques mots en rapport avec le contexte –enfant, eau, sable, chien… J’étais comblée. J’avais des crampes aux maxillaires à force de sourire, pourtant je ne pouvais pas adopter une autre expression, j’étais tellement contente de cette situation privilégiée que j’étais en train de vivre… Qui a eu ou aura la chance de rigoler ainsi avec des populations tribales indiennes ? Je souhaite ce bonheur à tout le monde, je voudrais qu’on puisse tous se rafraîchir ainsi le cœur et l’esprit, à coup de sourires, de regards et de signes tracés dans le sable. C’était tout simplement magique. J’étais presque triste de les quitter, mes nouveaux amis à qui j’ai dit « rombe nanri » (merci beaucoup) en repartant vers Pondichéry. Jamais je ne pourrai oublier une telle scène, ces expressions et ces jolis visages resteront à jamais gravés dans ma mémoire. C’était dingue, fou, génial.

jeudi 16 septembre 2010

Ganesh Chathurti

                Mes deux compères du Rêve Bleu – la petite auberge de charme où j’ai passé mes premières nuits indiennes-, dévots de Krishna, adeptes de l’hindouisme et en voyage en Inde avant tout dans un but spirituel, m’ont assurée que j’était vraiment arrivée au bon moment dans le pays, puisque j’allais pouvoir vivre en direct l’anniversaire de Ganesh. J’étais enthousiaste à l’idée d’une telle fête, je me demandais s’il y aurait des bougies, combien, et si l’éléphant allait les éteindre d’un souffle de sa trompe.      
              Cet anniversaire fut d’un tout autre style. Vendredi dernier, le 11 septembre, j’observai dans toutes les rues de Pondichéry des statuettes du dieu à tête de pachyderme, vendues à même le sol, posées sur des tapis. Plus ou moins grandes, elles étaient constituées d’une sorte de terre glaise qui avait l’air de coller. Entre les vendeurs de statues se pressaient des enfants ou des hommes plus vieux, qui proposaient quant à eux d’étranges petits parasols colorés. J’en ai acheté un, je trouvais cela mignon et amusant, mais je m’interrogeais bien quant à l’utilité d’un tel objet –c’était une assiette en carton décorée de papier de couleur et de paillettes…      Le soir venu, je me baladais, comme bien souvent, sur le front de mer, humant l’air moite et salé et observant les petites marchands de nourriture à emporter qui s’entassaient autour de l’immense statue de Gandhi, lorsque j’ai aperçu quelqu’un dans l’eau, ce qui à Pondichéry est vraiment rare. Je me suis rendue compte qu’il n’était pas seul, et que d’autres avait fait comme lui. C’étaient de jeunes garçons, qui plongeaient, enfouissaient la statue de Ganesh sous l’eau et remontaient à la surface. Sur les rochers, j’ai alors aperçu nombres de petits groupes, réunis autour de leur statue toute décorée, faisant brûler de l’encens devant Ganesh… Un peu plus tard, on m’a appris que les statues, faites de terre non séchées, étaient achetées par les familles indiennes, puis posées au milieu de la maison pendant un, deux ou trois jours. Pendant que la statue se faisait maquiller, elle séchait, et en même temps, absorbait toutes les mauvaises ondes, les mauvais esprits qui auraient pu traîner dans l’habitation. C’étaient ces statues que les jeunes garçons de la famille – à qui on donnait les tâches les plus nobles- emportaient ensuite au fond de l’eau, de sorte que la statue et toutes les mauvaises ondes qu’elle contenait soient dissous et purifiés par l’eau de mer… Epoustouflant. J’ai adoré. Mais le spectacle ne faisait que commencer…     
               Mercredi, en fin d’après-midi, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir nombre de policiers sur le front de mer ainsi que des camions anti-émeute sur un lieu si calme et reposant. Mais cette présence s’expliquait : un immense cortège composé d’une cinquantaine de gigantesques statues de Ganesh, toutes posées sur de petites camionnettes, était posté devant la mer. Augustin, mon maître de stage avec qui je me trouvais à ce moment-là, m’expliqua que chacun de ces grotesques objets étaient l’œuvre d’un groupe de personnes, qui s’étaient cotisées pour fabriquer un gros Ganesh –plus il était grand et beau, mieux c’était, bien sûr- et que toutes ces statues allaient être jetées à l’eau, du bout de la digue située à l’extrémité du front de mer, digue sur laquelle attendait déjà une grue prévue à cet effet. J’ai observé attentivement chaque statue, les couleurs criardes, le manque de simplicité mais en même temps la grande créativité des artistes ayant participé à leur réalisation. En même temps, je ne pouvais empêcher mon côté écolo de méditer à propos de touts ces gros objets qui allaient s’entasser au fond de l’eau ou bien divaguer sur la mer… Tout à coup, un immense Ganesh, bien plus impressionnant que les autres, tout paré de couleur orange, a doublé le reste du cortège pour aller s’installer devant tous ses compères. C’était l’éléphant du BJP, le parti nationaliste hindou, dont le leader local fut invité à s’exprimer. Il ne se le fit pas dire deux fois. Il se lança dans un discours, auquel je ne compris pas un mot mais qu’Augustin me traduisit dans les grandes lignes : un speech énervé, crachant sur les musulmans et le chrétiens, qui donna la chair de poule à mon maître de stage. C’est alors que je remarquais que la couleur orange était plus présente que les autres sur les éléphants de la procession, ainsi que sur les T-Shirts des manifestants ou autour de leur cou… Augustin m’expliqua que ce type de festivité avait été crée par le BJP lui-même, il y a une vingtaine d’année, ajoutant une fête publique et populaire à la tradition familiale –celle des petites statues de terre glaise. Ainsi, ce qui avait l’air religieux, spirituel, preuve d’une croyance profonde en cette divinité, n’était-elle qu’une manipulation politique ? Un moyen pour un parti nationaliste de rentrer dans les mœurs et les esprits des gens de manière frauduleuse, en empruntant la voie de la « culture » et de la fête ?      
               J’étais un peu déconcertée face à tout ça. Je ne savais plus trop quoi penser, mais toujours est-il que j’avais mal au cœur pour trois types de personnages présents sur les lieux: les musulmans, venus assister au show dans un but festif, qui se sont heurtés à un tel refus de bienvenue ; les touristes, les non-indiens, brefs tous ceux ignorant la langue tamoule, incapables de percevoir la violence contenue dans les propos tenus et surtout croyant assister à une manifestation culturelle et non colorée par le BJP ; et puis ces statuettes de Ganesh, celles qui remplissaient les coffres des camions transportant les grosses statues, telles les restes d’un festin déjà terminé, petites statues que des garçons se lançaient les uns aux autres, formant une chaîne avant de les lancer violemment dans l’eau. Certaines s’ étaient même cassées, écrasées à terre sous les pieds de ces garçons et des passants…

dimanche 12 septembre 2010

Air India

       Petit retour en arrière, et arrêt sur cette étape de mon chemin jusqu'à Pondichéry. Après une petite après-midi d'attente dans l'aéroport de notre cher général – CDG pour les intimes- puis dans la salle d'embarquement, gigantesque et peuplée de voyageurs en partance pour des destinations des quatre coins du monde, c'est avec enthousiasme que j'ai franchi la « gate F49 » et traversé le petit tunnel suspendu menant au bolide qui allait me trimballer jusqu'en Inde. Autour de moi se pressaient des familles d'indiens, qui sentaient bon les épices et l'encens, mais également bon nombre de jeunes routards en sac à dos et de touristes d'un certain âge. A l'intérieur de l'avion, je me suis immédiatement sentie ailleurs. Sur la coque de l'appareil, puis sur tous les panneaux, y compris celui des toilettes, les termes anglais étaient traduits en hindi. Un petit écran tactile se tenait devant chaque passager, présentant une jolie photo du Taj Mahal en guise de « page d'ouverture » et proposant des films en hindi; les personnages dessinés sur la petite feuille de consignes de sécurité étaient vêtus à l'indienne, et même avec un masque sur le visage ou un grotesque gilet de sauvetage, les femmes en saris étaient élégantes. Les hôtesses de l'air, parées de somptueux saris aux couleurs de la compagnie, nous ont servi des plateaux repas - « vegetarian » ou non, c'était au choix, exigences hindoues obligent- sur lesquels trônaient de minuscules récipients remplis de saveur indiennes -mais aussi bien françaises, à l'image du « yaourt de blanc de Savoie » servi en dessert, ou de la petite plaquette de beurre Président pour accompagner la mini-baguette: un mélange gastronomique interculturel, le trait d'union nécessaire au passage de l'un à l'autre sans heurts. Les annonces que crachotaient les hauts-parleurs étaient incompréhensibles, que ce soit dans leur version hindi ou anglaise. Cela inaugurait ce que je n'allais pas tarder à découvrir: les indiens possèdent leur propre langue anglaise, dont la prononciation diffère pleinement de celle de nos gentils professeurs à l'accent oxfordien... A mes côtés, ça discutait en hindi -ou était-ce une autre des nombreuses langues que possèdent l'Inde? - et ça feuilletait le Guide du Routard ou le Lonely Planet. La nuit fut courte et, de surcroît, mouvementée par les trous d'air rencontrés au-dessus de la mer noire puis de l'Afghanistan, ainsi que par les éclairs grandioses éclatant juste à côté de nous lorsque l'avion traversait de gros nuages pakistanais. Delhi n'était plus très loin, moi si.

mardi 7 septembre 2010

Son et image: premieres impressions...

     Ca y est, j'y suis. Pondichery, me voici. Petite casquette rouge et sac a dos bleu deambulant parmi les saris -vetements des femmes- et les dhotis - sorte de jupe en tissu que portent les hommes.
     Par quoi commencer? Par les vendeurs d'idlis, dosas, de chai  ou de legumes en tous genre qui bordent chaque ruelle, autour desquels sont attroupes des hommes, des enfants et des chiens? Par les bruits de klaxons incessants, a toute heure de la journee? Par les petits garcons aux bouilles adorables qui m'ont poursuivie hier en me demandant d'acheter un de leur petit sac, et a qui j'ai donne 100 rps -apparemment une fortune...? Par les petites filles aux cheveux soigneusement nattes, qui vont a l'ecole dans leurs uniformes bleus et blancs, soit sur la moto de leur pere, soit dans de vieux bus pleins a craquer? Par les mendiants a la peau si noire, vetus de dhotis blancs, dans les mains desquels la plupart des indiens glissent une petite piece? Par les fragrances de jasmin qui s'echappent des cheveux des femmes, vetues de saris tous plus jolis les uns que les autres? Par les pancartes de la Rue Saint Louis, ou celle de la Rue Surcouf, par les boulangeries et les restos qui proposent des pizzas cuites au feu de bois? Par les ampoules qui enflamment mes petons, uses par ces premieres journees de peregrinations dans la ville en claquette? Par les "Bonjour, comment ca va?" des jeunes indiens contents de pratiquer leur francais, a qui je repond par un sourire timide mais poli? Par mes prouesses exponentielles concernant la traversee de la route, en me faufilant tant bien que mal entre les rickshaws et les velos? Par les grosses vagues du front de mer qui eclatent sur les roches sombres dans un bruit fracassant, eclaboussant parfois les couples assis sur les pierres ou les familles qui se balladent dans l'air moite et l'obscurite naissante du debut de soiree? Par le murmure des palmes de mon ventilo qui a bien du mal a rafraichir la chaleur nocturne de la petite chambre de l'auberge que j'occupe?