C’est un aéroport presque désert qui m’accueille à Kathmandu en ce soir d’avril. Je passe la frontière du pays sans trop de difficulté : 25 dollars, un petit autocollant sur mon passeport, et me voilà autorisée à entrer dans la capitale au nom de rêve. Je retrouve Lucie, mon amie rennaise stagiaire dans une ONG népalaise depuis septembre dernier, qui m’accueille à bras ouverts. Elle négocie dans un népalais parfait le prix du taxi qui nous embarque pour parcourir les quelques kilomètres qui nous séparent de la ville. Je retrouve un semblant d’ambiance indienne : le taxi, petite voiture cabossée aux sièges recouvert d’un tissu coloré, diffuse une joyeuse musique et roule à gauche. Il est déjà tard, la ville s’endort doucement…
Je gagne bientôt la grande place de Basantapur, au cœur de Kathmandu. Là, de jeunes népalais, vêtus à l’occidentale, se retrouvent entre amis pour discuter et boire un thé sur les marches ou sous les toits des pagodes et des temples. Il règne une atmosphère de détente et de loisir. D’autres, plus âgés, et habillés plus traditionnellement, tentent de vendre leurs souvenirs – bracelets, sacs, cartes postales – aux groupes de touristes blancs, qui braillent parfois un peu trop fort à mon goût dans leur langue maternelle, tout en capturant, tels des voleurs d’ambiance, des images de cette jolie place.
Je préfère amplement au quartier de Thamel, même si charmant dans sa nature, les petits villages que je traverse en m’éloignant peu à peu du centre de la ville. J’y découvre une vie plus authentiquement népalaise…
Dans les petites maisons, le feu chuchote sous les marmites. On y prépare le dal baat, le plat traditionnel népalais, composé de riz, de lentilles et de différentes sortes de légumes, le tout épicé comme je l’aime. La plupart des foyers possèdent un petit potager qu’ils entretiennent avec amour… J’en suis subjuguée. J’ignore si chaque famille parvient à subvenir à ses besoins grâce à cette agriculture vivrière et à ces plantations miniatures, toujours est-il que je note à quel point le rapport à la terre est important pour eux. Je remarquerai cela durant tout mon séjour népalais. L’agriculture est une affaire quotidienne, celle de chaque famille. On cultive des choux-fleurs, du maïs, des fraises, on fait pousser des fleurs dans des pots de fortunes, bidons d’huile et même sacs en plastique. Je dois avouer que ces activités me font envie…
Alors que j’avance de par les rues, que je m’arrête sur chaque détail architectural et surtout sur chaque scène de vie quotidienne, que j’observe le plus discrètement possible, ne désirant pas attirer trop l’attention et surtout ne pas perturber le rythme de vie des népalais, je croise des gens très différents les uns des autres. Certains ont les yeux bridés et le visage plat, d’autres ont un type plus indien, la couleur des peaux dessine un joli camaïeu de marron, différent sur chaque personne. Le Népal est un pays où existe une folle diversité de peuples et de culture. C’est l’histoire de ce territoire, coincé entre les deux géants chinois et indien, où se dressent de hautes montagnes, qui n’a jamais été colonisé par l’Occident, qui peut expliquer cette richesse humaine.